Assemblée Générale Ordinaire (AGO) 2015

Assemblée Générale Ordinaire (AGO) 2015

Très chers amis et amies de Constantinople,

Afin de clore l'exercice de l'année 2014-2015, le conseil d'administration (CA) vous invite à

l'assemblée générale ordinaire (AGO) 2015
le 15 décembre 2015 à 18 heures 15
au Centre Œucuménique des Églises*
(route de Ferney 150, 1218 Le Grand-Saconnex)

Votre présence est indispensable au bon déroulement de l'AGO et aux prises de décisions collégiales, où chaque voix compte. L'ordre du jour est le suivant:

•Accueil par la présidente, Mme Dominique Morabito
•Lecture du procès-verbal de l'AGO 2014 et approbation
•Rapport de l'exercice 2015 par la présidente
•Rapport des comptes de l'exercice 2014-2015 par le trésorier, M. Nicolaos Anagnostopoulos
•Rapport des vérificateurs des comptes, MM. Alain Haut et Georges Lemopoulos
•Approbation des rapports et des comptes pour l'exercice 2014-2015 et décharge du CA
•Divers
•Clôture
•Verrée

Dans l'attente de vous revoir bientôt, je vous adresse, très chers amis et amies de Constantinople, mes salutations les plus cordiales.

Dominique Morabito
Présidente de l'AGCOS

*Coordonnées GPS du COE:
Latitude : 46.22942
Longitude : 6.126587

Commémoration des 60 ans du pogrom d'Istanbul UniGe

Commémoration des 60 ans du pogrom d'Istanbul à UniGe: merci à tous!

Je souhaite utilisée la tribune internet à ma disposition pour remercier, toujours sans micro et de façon moins émotive mais non moins sincère, toutes les personnes venues commémorer les 60 ans du pogrom d’Istanbul lors de cette soirée-débat: les nombreux témoins directs qui ont vécu cette nuit du 6 au 7 septembre 1955, mais aussi les nombreuses personnes venues découvrir ce fait de l’histoire contemporaine; également, l'êveque Makarios de Lampsaque, le Rév. Père Aljanian, le  Rév. Père Tsetsis, M. l’Ambassadeur Alexandris, M. le Consul Ypsilantis, les personnalités de Genève, les professeurs, les étudiants et tous les anonymes. Je remercie notamment, son Eminence le métropolite Jérémie de Suisse, venu nous transmettre le message de Sa Sainteté Bartholomée Ier, Patriarche Œcuménique de Constantinople. Tous avons été très honorés et émus de l’attention portée par Sa Sainteté Bartholomée à cette manifestation du bout du lac Léman. Nous Lui en sommes profondément reconnaissants.

C'est dans l'optique de permettre

  • une large diffusion de ces événements tragiques pour qu’ils soient connus en dehors de la communauté romaia/grecque d’Istanbul,
  • une meilleure compréhension de ce qui a poussé à l’exil des milliers de Romii et la formation de son importante diaspora,
  • à notre communauté de se tourner vers l’avenir en accomplissant son devoir de mémoire envers ses parents, au sens large,

que l’AGCOS en collaboration avec l’Université de Genève a eu le plaisir de projeter, en première publique, le documentaire de Georges Moutevellis sur le pogrom d’Istanbul ainsi que de recevoir la Fédération œcuménique des Constantinopolitains (EFC, ou Oi.Om.Ko. en grec), en la présence de son président, M. Ouzounoglou, professeur au Polytechnicum d’Athènes (Grèce), de même que M. Akgönül, professeur à l’Université de Strasbourg (France) et M. Aktar, professeur à l’Université de Bahçeşehir (Turquie). 

Il va s’en dire que nul n’eut été possible sans la collaboration efficace de Mme Lazaridis, professeur à l’Unité de grec moderne de l’Université de Genève, qui nous a reçu en ses locaux et qui a modéré les présentations et débats avec diligence et intelligence.

Merci également à tous ceux qui ont œuvré en coulisse au succès de cette soirée-débat!

Dominique Morabito

Septemvriana UniGE 24.11.2015

 

Septemvriana 1955-2015

6 septembre 1955

Les "Septemvriana"

Le pogrom1 d’Istanbul  ou  la nuit de cristal stambouliote

 

 

Rien ne laissait présager dans la douceur estivale de ce mardi 6 septembre 1955 des événements, comme ils sont si discrètement nommés, qui allaient se déchaîner cette nuit-là.

Après sa journée à l'école, maman et ses jeunes frère et sœurs jouaient dans la maison, grand-mère s'affairait en cuisine et la voisine Mme Zoe allumait tranquillement son grill, lorsque grand-père est arrivé contrairement à son habitude plus tôt à la maison, en courant et l'air inquiet. Il s'est rapidement entretenu avec grand-mère, lui a murmuré quelques paroles et brusquement les ordres clairs, précis mais calmes sont tombés. Le ton de leur voix ne laissait place a aucune tergiversation, c'est certain quelque chose de grave se passait. Maman âgée d'à peine une dizaine d'année est allée chercher la benjamine, encore bébé, l'emmitoufla dans une couverture et ne la lâcha plus. Grand-mère prit ses 2 autres enfants, sans oublier les documents importants dont les « noufousia », les cartes d'identité, et toute la famille courut dans l'église toute proche. Mon arrière-grand-mère, ma grande-tante Eudoxia, tous sauf grand-père qui continuait à passer d'un voisin à l'autre pour les avertir du danger: des manifestations anti-chrétiennes ou anti-grecques sérieuses étaient imminentes, voire même en cours ! Pourtant, quelques jours auparavant un ami turc non-hellénophone avait bien avertit grand-père que « quelque chose d'important » s'organisait contre les Grecs d'Istanbul, les Romiï, le 6 septembre, mais mes grands-parents ne pouvaient, ou ne voulaient pas le croire. Cette fois-ci, plus aucun doute et l'église se remplit rapidement ; le voisinage se protégea derrière les lourdes portes et volets en fer d'Agia Thekli (Sainte Thekli). Les hordes d'assaillants ne tardèrent pas à arriver, 3 ou 4 vagues, d'après grand-mère. Et malgré les avertissements du voisin turc non-hellénophone qui hurlait « kilise itcinde gâvurlar var ! », « les incroyants sont dans l'église ! », à chaque vague, l'église et ses occupants furent épargnés. Quelques bris de verre. Un miracle, un véritable miracle comme le répétait grand-mère : « la Sainte-Vierge les a aveuglés ». Dans l'église, les adultes essayaient d'entrevoir ce qui se passait à l'extérieur. Maman terrorisée, et toujours avec le bébé dans ses bras, finit par se cacher, avec sa fratrie et son cousin, âgé de 4 mois, sous l'autel. Oui, ils ont tous eu beaucoup de chance : personne ne fut blessé et leurs propriétés restèrent inviolées.

En ce qui concerne ma grande-tante, Anna, jeune mariée, cette nuit s'est passée bien différemment. Tout, absolument tout leur appartement a été saccagé. Tous leur biens furent pillés ou jetés par les fenêtres par des inconnus, mais aussi des voisins turcs. Mon grand-oncle impuissant face à une telle sauvagerie restait en bas de l'immeuble à regarder avec sa jeune épouse les bases de leur avenir commun s'envoler, littéralement, par la fenêtre. La traditionnelle « prika », la dote, de ma grande-tante disparut. Plus de draps brodés ou de couvertures crochetées, plus de services en porcelaine ou de cristallerie, ni de robes ou de costumes... Rien, il ne leur restait plus rien... Ils me dirent qu'ils avaient quitté les lieus une fois que leur « pick-up-à-plusieurs-disques », le seul du quartier, se soit écrasé au le sol. Avec humour, ils me racontèrent que les brigands leur avaient laissé en échange des dizaines de paires de sabots...

Quant à mon grand-oncle Eleftherios, il a dû se fondre dans cette masse hostile et menaçante depuis Kurtuluş où il travaillait, et scander avec elle des propos haineux en frappant en rythme dans ses mains jusqu'au Phanari, où vivait sa famille. Il fut le témoin le long de ce trajet d'innombrables exactions.

La famille de mon père, d'origine italienne et installée à Constantinople puis Istanbul depuis 5 générations, fut également menacée par 2 vagues successives d'assaillants qui traversèrent de part en part la maison. Il m'a décrit l'inquiétude de sa famille face à la porte défoncée par un nombre impressionnant d'hommes armés de bâtons ou de barres en métal, sa grand-mère qui fit un malaise et perdit connaissance, ses parents qui essayaient de calmer les intrus et finalement un homme dans cette masse qui les interrogea en... italien. Mais il m'a également décrit la cruelle déception face à ses voisins turcs, auprès desquels il avait toujours vécu, et qui désignèrent sa maison comme celle de « gâvur», d'incroyants...